Darling Alert Numéro 2
L’an dernier, j’avais fait quelques articles nommés Darling Alert où je balançais une analyse sur des prospects qui me plaisaient bien en vu de la cuvée 2026. Au final, Bennett Stirtz fut drafté en 16, Malique Lewis en 60, Roman Siulepa a transféré de Pittsburgh à Ole Miss, Neoklis Avdalas a fait une année décevante à Virginia Tech et Alexandros Samodurov n’a pas vu le jour au Panathinaikos. On peut dire que parfois, j’ai le nez et parfois, j’ai moins le nez. Cette année, j’ai prévu de faire 10 articles sur 10 joueurs que je vous révèlerai au fur et à mesure. L’idée, c’est d’avoir fait les 10 noms qui m’intéressent avant le démarrage de la prochaine saison universitaire qui démarrera autour de début novembre. Ici, on ne parlera pas des favoris pour les premiers choix comme Tyran Stokes, Stefan Joksimovic ou encore Caleb Holt mais bien de joueurs plus niches, plus cachés dans les boards mais qui mériteraient d’avoir, à mon sens, toute votre attention.
Aujourd’hui, c’est le deuxième volet de cette saga déjà culte de l’été. Le deuxième joueur qu’on va découvrir est une pépite qui symbolise toute la montée en puissance du basketball du Moyen-Orient. C’est un prospect qui a été hypé par des magnifiques performances, que ce soit sur des NBA Without Borders Camp ou lors d’AsiaCup U-18 durant lequel il n’avait que 16 ans. Après une année difficile à Dayton, il a su rebondir dans une équipe fun de Cal Poly, université dont seul le défenseur David Nwaba a réussi à se frayer un chemin vers la NBA. On parle ici du qatari Hamad Mousa, fils d’ancien international qatari et frère d’une autre pépite Abdulla Mousa.
SCOUTING REPORT
Comme dit plutôt, le parcours de Hamad Mousa a quelque chose de chaotique. Sa première année à Dayton (en A-10, une des meilleures conférences Mid-Major mais donc pas une High-Major) s’est très mal passée. Avec 20 matchs joués, il ne tourne qu’à 1.3 points de moyenne à 30.4% aux tirs. 11ème en total de minute, on a senti un Mousa mal à l’aise et pas du tout acclimaté à la NCAA et au jeu de Dayton. Retenter sa chance à Cal Poly était un point complexe. D’un côté, il avait une grande chance d’avoir du temps de jeu dans une équipe faible de la conférence Big West. Cal Poly, les Mustangs, sont une équipe qui n’a pas atteint la March Madness depuis 2014, sa seule épopée en Division I. Même si l’arrivée de Mike DeGeorge a fait du bien à l’équipe après des années calamiteuses sous John Smith (20.4% de victoires sur 5 ans), l’équipe ne joue toujours pas les hauts de tableau de sa conférence et peine à obtenir les 50% de wins. Si Mousa obtient du temps de jeu, il sait que c’est au prix d’une visibilité bien moindre.
Dans une équipe qui se construit autour de joueurs sous-estimés comme le slovène Peter Bandelj, l’uruguayen Guzman Vasilic ou le sophomore Cayden Ward, Hamad Mousa vient s’insérer pour former un beau core offensif qui aurait pu faire du bruit en Big West. Même si le bilan ne fut pas si bon (notamment à cause de quelques absences ainsi que d’un secteur intérieur limité), Hamad Mousa a fait une très bonne saison. Leader du scoring de toute la conférence, il s’est clairement illustré comme le talent majeur de son équipe. C’était même un des éléments majeurs de la victoire contre Utah, une équipe de Big XII.
La force première de Hamad Mousa est son shooting. Clairement, son tir est incroyable et il l’a montré tout au long de la saison. Quand on prend l’entièreté des indicateurs de shooting chez un prospect, Hamad Mousa remplit chacun des indices d’évaluation. Il sort d’une saison à 37.2%, ce qui est un très bon chiffre. L’autre point important est son tonitruant volume qui est de 226 tentatives, soit 11.8 3PA/100, ce qui est un score d’élite. Plus de 50% de ses tirs sont tentés derrière la ligne. L’autre point positif est son pourcentage aux lancers francs qui est excellent avec 87.8% de réussite, encore sur un total de tentatives énorme avec 205 essais sur la ligne. Mais vous le savez si vous lisez souvent ce que j’écris, l’évaluation d’un shooteur extérieur vient aussi de points qui ne se voient pas nécessairement dans les statistiques comme la variété de profil de tirs ou la distance à laquelle il les tente. Sur le premier point, sa variété est bluffante : il est capable de prendre des tirs en première intention, en pull-up, en catch-and-shoot, en sortie d’écran, peu importe la défense devant lui. Il n’est d’ailleurs pas tant assisté avec seulement 68.4% de tirs assistés de loin.
Il n’a aucun problème de distance non plus. Il maitrise déjà le tir dans la distance NBA, ce qui est rassurant dans la capacité à retranscrire cette qualité.
Contrairement à Stefan Vaaks par exemple, Hamad Mousa n’utilise pas autant sa taille pour shooter. Mousa a une mécanique qui part d’assez bas relativement à sa taille et ses longs bras. Il fait partir son tir au niveau du bas de sa tête plus qu’en emmenant le ballon tout en haut. Le défaut est que l’utilisation de la taille est limité donc malgré sa taille, il reste tout aussi contrable qu’un shooteur de 1m90. Par contre, son tir part bien plus vite et donc rend son pull-up un peu plus viable en terme de perspective.
Sur le reste de son scoring, on peut en venir à son driving game. Sur le papier, on a un joueur avec un très faible 52.7% au panier selon Barttorvik. Pourtant, il ne faut pas trop se limiter à ce chiffre. Il y a, personnellement, pas mal de choses que j’aime dans le profil Mousa. Le premier est sa provocation de lancers francs qui est très bonne. Il tourne à .468 de FTr cette année, ce qui est très solide. En drive, il n’a pas nécessairement une superbe puissance mais il dispose d’une capacité à conserver l’équilibre au contact pour finir tout en grattant la faute.
L’autre point de valeur que j’aime bien est sa variété de move au panier. Il finit des deux mains, il montre un vrai floater et il a une bonne variété de finitions avec la planche. Il peut finir dans plusieurs positions et il n’a aucun angle où il n’a aucune réussite. Ca reste imparfait mais il montre une capacité et surtout un travail fait pour développer une palette au panier qui est bonne.
En revanche, les stats montrent bien un souci évident : la dunkabilité inexistante. Malgré une bonne taille et des longs bras, il ne réussit que 4 dunks. Pourtant, son temps de jeu est conséquent et il a un gros volume offensif (28.0% d’Usage). En revanche, ça fait parti d’un des indicateurs d’une taille peu fonctionnelle. Quand on prend les différents indicateurs de la fonctionnalité de la taille (OREB%, BLK%, Dunks), on a un joueur dans le bas du panier pour un forward de 6’8” (2m03)
Le twittos DBCJason avait partagé un travail complet sur la taille statistique en utilisant les différents indicateurs pour trouve le différentiel des joueurs NCAA entre leur taille physique et leur taille dite “de jeu”.
Dans le Google Sheets, on trouve un chiffre triste : Hamad Mousa dispose d’un Height Delta de -2.64. Il est classé 3109ème sur 3631 joueurs du classement. C’est d’une faiblesse assez criante pour ce joueur.
Il manque clairement de verticalité et semble incapable de décoller efficacement sur ses jambes. De manière générale, on a le même souci sur le plan horizontal. C’est un joueur avec un très faible premier pas pour exploser horizontalement. En raison de son centre de gravité haut et de peu de musculation dans les jambes, il n’est pas capable de démarrer efficacement et de dépasser son vis-à-vis en vitesse.
Il développe des skills de trap sur le drive, il commence aussi à jouer en décélération et ses très longues jambes lui permettent d’avaler de l’espace sans être très rapide. Ce package en est à son balbutiement mais on voit des bases intéressantes. Cependant, contrairement à des joueurs comme AJ Dybantsa ou Dailyn Swain, il n’a pas du tout une aussi bonne puissance d’appuis pour changer de direction ou exploser ici ou là. Athlétiquement, Mousa ne joue pas dans la même cour qu’un AJ Dybantsa malgré un physique que l’on peut comparer. Il devra donc compter d’autant plus sur un jeu de décélération et un travail du footwork pour être un bon driveur. Je ne pense pas que Mousa ait les qualités athlétiques pour devenir un driveur d’élite mais il peut en devenir un bon. En revanche, il faudra bosser sur le gainage et entamer une vraie prise de masse pour améliorer l’efficacité de jeu en pénétration d’un Hamad Mousa.
Le swing skill de Hamad Mousa, à mes yeux, est son passing. De manière générale, je trouve plusieurs bons flashs chez lui. Il est vraiment capable de trouver des passes dans des situations variées en théorie et ça me plait. En revanche, il faut développer ça. Il n’est qu’à 2.5 assists pour 40 minutes (13.1% d’AST%), ce qui est ok sans plus. Je pense qu’il y a un peu plus à gratter là-dessous. Pour ça, il faudra développer la vitesse de process. Il est souvent lent dans la prise de décision une fois lancé en pénétration. Sur short roll, il met souvent trop de temps à trouver les coéquipiers ouverts puis à les servir. Si il débloque le passing, il a plusieurs choses qui se débloquent : il serait plus difficile de le doubler quand il est lancé en pénétration (donc il s’ouvre plus de drive ouvert/semi-ouvert), il serait plus valuable balle en main en tant que playmaker sachant que sa grande taille est un plus incroyable à la passe et il serait un joueur offensif capable, à minima, d’être un connecteur d’élite ou pas loin.
En somme, on a un profil offensif intéressant mais qui doit développer pas mal de skills pour être viable à terme. Mais qu’est ce que ça donne en défense ?
Je trouve que sa défense est limitée. Premièrement, il a une taille qui est difficilement fonctionnelle comme on l’a dit plus haut. Du coup, malgré une bonne taille et le fait d’être dans une conférence faible (donc avec moins de taille), il est très faible en terme de protection de panier. Il est 3ème en terme de taille de son équipe derrière Jess Esso Essis (n’a joué que 7 matchs cette année) et Ali Assran (n’a joué que 12.7 minutes par match) mais pourtant, il n’a qu’un faible 0.5 contre pour 40 minutes. Pour son équipe qui est, déjà sans lui, une très mauvaise défense, c’est dramatique d’avoir un ailier aussi grand incapable d’impacter dans le secteur de la protection de panier.
Encore une fois, on revient sur sa verticalité trop limitée pour exploser sur les jambes. Du coup, face à un joueur lancé vers le panier, il est incapable de le contrer sans avoir énormément d’élan. Et vous le savez, avoir de l’élan quand on est positionné défensivement sous le panier, c’est rare. Du coup, sa valeur est trop faible.
En défense sur l’homme, il est décent en Big West mais difficile d’imaginer comment ça peut être aussi fort en High Major puis en NBA. Ses longs bras lui permettent de limiter les dépassements mais son centre de gravité haut et son physique à 86 kilogrammes en font une cible assez évidente pour pas mal de driveur de calibre NBA. Hamad Mousa est un défenseur assez faible mais pas involontaire. Il se donne vraiment en défense et donne l’impression de se donner pour tenter de ne pas être un problème. C’est rassurant car ça montre une volonté de progresser et de rester performant dans sa moitié de terrain malgré une explosion du volume offensif.
Sa valeur dans la bataille des possessions est limitée pour le moment. Il a un DREB% plutôt bon à 17.1% mais il faut remettre le contexte. C’est un joueur grand qui joue dans une conférence de faible qualité et comme souvent quand le niveau diminue, c’est aussi lié au fait que la taille moyenne diminue. Du coup, dans une équipe et une conférence plus compétitives, il pourrait chuter à des chiffres moins reluisants. D’ailleurs, face à USC et UCLA, il prend 5 rebonds en 31 minutes de moyenne, soit un de moins que sa moyenne sur la saison.
Je pense que la valeur défensive est trop limitée en l’état mais son physique well-balanced face au contact et ses longs bras peuvent le sauver par petites séquences. En revanche, sur la longueur, il ne faut pas attendre de Mousa qu’il sauve la défense de son équipes mais il y a des éléments où j’ai envie de croire au développement de ce joueur pour être un défenseur honorable dans une bonne équipe, notamment en travaillant sur sa méthode de saut et la vitesse de process/lecture/exécution.
CONCLUSION
J’adore Hamad Mousa, je trouve son potentiel trop fun malgré des limites évidentes. Je trouve que quand on le compare à d’autres profils hypés comme Juke Harris, la différence n’est pas si immense. La qualité de shooteur et les marges de développement sont trop bonnes à mon gout. Dans une équipe de Cal Poly qui va conserver la majorité de son core, ce qui est exceptionnel pour une équipe de ce niveau dans la NCAA actuelle, l’habitude de jouer avec Cayden Ward ou d’autres est un vrai bonus qui devrait avantager Mousa. Si il y a quelques joueurs qui vont à la draft directement de mid-major comme Allen Graves l’an passé, je pense que Hamad Mousa est un candidat plus que sérieux pour faire la même en 2027. Et puis j’ai aussi parlé de Hamad car j’ai un faible également sur son frère Abdulla qui est un joueur trop fun.










